Extraits de "Sous les airs du Wouri", de Hervé Yamguen

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Ce texte personnifie la ville de Douala, et la décrit vraiment comme on la ressent. Je vous laisse découvrir ces mots qui viennent du fond du ventre, et qui représente la vie qui règne dans cette partie du pays:

"Tu tiens ton ventre quelque part à Bali dans une forêt de génies, de chauve-souris et d'éperviers. Tu as les mains qui t'arrosent dans la rue des manguiers à Koumassi. Tu respires partout dans tes rues pleines de poussières, de papiers journaux, de souris, de poissons pourris en plus de la chaleur qui tape la cervelle et noie le corp dans des coulures de sueurs souvent insoutenables.  On est ici chez toi dans une nappe de sueurs qui tarie à la tombée de la nuit quand ton ciel devient flamboyant, gracieux et lumineux par une longue tracée d'oiseaux gendarmes et de martins pêcheurs en envols lents. [...]
Les pieds se heurtent sur les dalles des trottoirs. On dandine, on va à gauche et à droite, on marche de part et d'autres, on regarde les maisons enchevêtrées entre elles, on entends des chiens, on regarde les canards s'accoupler, on entend des voix de buveurs de foo foo et de kouata, l'odeur de la bière de maïs monte derrière les murs en vieilles tôles [...]
On marche, on se parle, on voit en soi les bruits de la ville, on se parle, on se dessine avec les bruits de la ville, on marche droit devant soi. On est aux anges dans un rythme lent et cadencé par des klaxons de taxis, on s'arrête, on prend une moto ou un taxi vers Logbaba. [...]
La place de la jeunesse, le rond point Deido où trone la sculpture de Francis Sumégné est peuplée de vendeurs de pommes-fruits, de femmes vêtues de blanc, de vendeurs de cd audio et de vcd piratés [...].
Quand le soleil décline sur les berges du Wouri pendant que les footballeurs s'entraînent à la base Elf, il y a un air serein qui couvre la ville. Parfois on aperçoit au loin, dans un ciel bleu et d'une couleur orangée rare, le Mont Cameroun qui se dresse gracieusement derrière les mangroves. Ici, le coucher de soleil a un air d'empressement, de lourdeur de fumées et de klaxons. La foule se bouscule pour prendre un taxi soit pour Bonamoussadi, soit pour Bépanda, soit pour New-Bell, soit pour Bonanjo ou d'autres destinations. Le coucher de soleil est une heure de pointe pour les bend-skinneurs qui se faufilent dangeureusement dans les rues et artères principales de la ville. Ma ville grouille, depuis le marché-Mbopi et le marché central, à l'image des embouteillages qui la constipent sur la route d'Aqwa-Nord en allant vers Maképé... Ma ville se régale quand les lumières apparaissent devant les bars, les maisons et les boutiques qui lui donnent des couleurs bricollées par la débrouillardise de ceux qui l'arpentent à longueur de journées, à des heures où nerveusement les taximans et les clients, les piétons et les conducteurs de bicyclettes s'engueulent devant les flics débordés ou occupés à rançonner. [...]
Arrivé à Bonassama en bus ou à pieds, une cohorte de taxis jaunes attend des passagers pour la gare routière, pour l'hôpital CEBEC de Bonabéri, pour Ndobo ou d'autres directions de cette parties des berges du Wouri qui a sa zone industrielle. Pour traverser la ville jusqu'à la gare routière, c'est pas seulement la poussière qui happe le corps, les yeux, le ventre au-dedans du cerveau tellement sollicité par les sensations des paysages qui débordent de matériaux et de texture. Les abords des rues sont des vrais spectacles d'installations: le théâtre des cables électriques et des comptoirs, des menuiseries, des églises évangéliques, des marchés, des vendeurs et des discothèques ambulants qui versent les sons des chansons religieuses à des passants eux-même pris dans leur psychotiques musiques intérieures. On dirait que pour vivre ici, il faut sortir de la ville avec la cohorte de bruits et de violences qui habitent les sens. La ville vous provoque et il faut être en accord avec elle, la traverser, la vivre, s'enfoncer en elle sans peur et la découvrir comme un
gamin qui se tient sous une table d'un bars ou sur un poteau électrique."

"Pas de quartier", Brigade d'intervention Poétique, 2006
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